L’alimentation peut-elle vraiment contribuer au processus de guérison ?
Oui, affirme la diététicienne Laura Tilt.
Rien qu’en France, environ 8,5 millions d’interventions chirurgicales, 400 000 brûlures dont 15 000 nécessitant une hospitalisation et 135 600 césariennes ont lieu chaque année. Après de tels traumatismes, l’organisme entame un processus de récupération. Pendant cette période, les tissus endommagés sont éliminés, et de nouveaux tissus et vaisseaux sanguins sont reconstruits, formant souvent une cicatrice visible. Cependant, dans une enquête menée par au Royaume-Uni, près de deux tiers des personnes interrogées ne savaient pas que les interventions chirurgicales courantes, par exemple les augmentations mammaires, nécessitent des soins post-cicatriciels1. Les traitements topiques, tels que les gels de silicone, protègent les cicatrices chirurgicales une fois qu’elles ont cicatrisées, en aidant à adoucir et à aplanir l’apparence des cicatrices anormales, telles que les cicatrices hypertrophiques et chéloïdes, tout en réduisant les rougeurs ou les décolorations.
Cependant, il est également important de soutenir notre guérison de l’intérieur en faisant des choix alimentaires intelligents. Comme l’explique la diététicienne Laura Tilt, la cicatrisation des plaies est complexe et se déroule en trois phases qui se chevauchent : la phase inflammatoire, la phase de prolifération et la phase de remodelage2. De nombreux nutriments interviennent dans la cicatrisation des plaies et peuvent influer sur la durée de chaque phase. Un apport insuffisant en protéines ou en autres nutriments essentiels (comme le zinc ou la vitamine C) peut retarder le processus de cicatrisation et augmenter les risques d’infection, ce qui accroît le risque de mauvaise cicatrisation. Alors comment trouver le bon équilibre ? Laura Tilt vous offre ses conseils d’experte sur la façon de favoriser votre guérison grâce à cinq astuces nutritionnelles.
| Etape de guérison des plaies | Que se passe-t-il ? | Nutriments impliqués |
| Etape 1 : Inflammation | Le flux sanguin vers la plaie augmente, transportant des cellules immunitaires qui détruisent les tissus endommagés et combattent l’infection. | Protéines, zinc, vitamines A, E et K |
| Etape 2 : Prolifération | Des cellules spéciales, appelées fibroblastes, entrent en jeu pour entamer le processus de reconstruction. Un nouveau tissu se forme (appelé tissu de granulation) et des vaisseaux sanguins sont construits pour apporter de l’oxygène et des nutriments aux nouveaux tissus. | Protéines, zinc, fer, vitamine C, graisses essentielles, cuivre |
| Etape 3 : Remodelage | Les cellules de la peau se déplacent depuis le bord de la plaie jusqu’à ce qu’elle soit recouverte – c’est ce qu’on appelle le remodelage. Des protéines comme le collagène et l’élastine forment le tissu cicatriciel. Au cours de cette phase, la résistance de la plaie augmente. | Protéines, zinc, vitamines B, C et E, fer, graisses essentielles |
Conseil n°1 – Ne suivez pas de régime
Pendant le processus de cicatrisation, l’organisme consomme plus d’énergie (calories) que d’habitude. En l’absence de calories et de glucides en quantité suffisante, l’organisme dégrade ses réserves de protéines pour obtenir de l’énergie, ce qui affecte la guérison de la plaie3. Il est donc important d’éviter les régimes pendant la guérison. En prenant trois repas nutritifs et une ou deux collations par jour, vous fournirez à votre organisme l’énergie dont il a besoin pour construire de nouveaux tissus. Essayez d’inclure des en-cas riches en énergie tels que les smoothies à base de yaourt, les toasts au beurre de cacahuète avec des tranches de banane et les boissons lactées.
Conseil n° 2 – Buvez beaucoup
Il est important de boire beaucoup de liquide, car une peau déshydratée est plus fragile et plus susceptible de s’abîmer. La déshydratation entraîne également une diminution de l’irrigation sanguine dans les tissus, ce qui réduit l’apport d’oxygène et de nutriments importants à la plaie.
La quantité de liquide dont vous avez besoin dépend de votre taille et de celle de votre plaie, mais la plupart des gens ont besoin d’environ 1,5 à 2 litres. Il se peut que vous ayez besoin de plus si beaucoup de liquide s’écoule de votre plaie.
Restez hydraté en gardant une bouteille d’eau à portée de main et en faisant des pauses pour boire régulièrement. Tous les liquides comptent, y compris le thé et le café, mais essayez d’éviter les boissons contenant de la caféine après le déjeuner, car elles affectent le sommeil. Choisissez des boissons nutritives comme les soupes, le lait ou les smoothies à base de yaourts et de fruits, qui vous apporteront des protéines et de l’énergie supplémentaires. Vous n’aimez pas l’eau ? Essayez de l’aromatiser avec des tranches de concombre et d’orange.
Conseil n°3 – Des protéines pour faire le plein d’énergie
Les protéines fournissent les matières premières nécessaires à la réparation et à la fabrication de nouveaux tissus et cellules. Pendant la cicatrisation, la demande en protéines de l’organisme augmente. Un apport insuffisant en protéines peut retarder la cicatrisation en prolongeant la phase inflammatoire et en réduisant la formation de collagène4, une protéine structurelle qui renforce la résistance de la plaie. La quantité de protéines dont vous avez besoin dépend de votre taille. En règle générale, une portion d’aliments riches en protéines plus importante que la normale (environ la taille d’une paume et demie) à chaque repas permet d’apporter le supplément de protéines nécessaire. Les aliments riches en protéines sont la viande, la volaille, le poisson, les œufs, les produits laitiers, les haricots, les noix et le soja.
Idées de repas et d’en-cas riches en protéines
Un verre de lait ou un yaourt frappé
Des œufs brouillés sur du pain grillé
Yaourt grec ou fromage blanc avec des fruits
Poulet ou tofu sauté
Maquereau ou haricots cuits sur des toasts
Chili de haricots avec du yaourt
Crevettes dans une sauce au yaourt avec une pomme de terre
Curry de lentilles ou de pois chiches
Yaourt aux noix et aux graines
Riz au lait
Fromage sur un bagel grillé
Saumon avec des pâtes
Houmous et crackers
Conseil n°4 – Une assiette aux couleurs vives, ACE
De nombreuses vitamines et minéraux interviennent dans le processus de cicatrisation, mais un groupe de vitamines surnommé ACE (vitamines A, C et E) est particulièrement important. La vitamine A intervient dans la phase inflammatoire, en aidant les cellules immunitaires à migrer vers la plaie. La vitamine C est nécessaire à la formation de collagène et de nouveaux vaisseaux sanguins, et la vitamine E contribue à protéger la plaie en voie de guérison2.
Les fruits et légumes aux couleurs vives comme les tomates, les poivrons orange, les aubergines, les brocolis, les légumes verts, les carottes, les avocats, les agrumes et les baies sont parmi les meilleures sources de vitamines ACE. Visez la consommation d’au moins cinq portions de fruits et légumes colorés par jour – essayez d’en prendre une à deux portions à chaque repas. Les fruits et légumes surgelés, en conserve ou séchés sont tous pris en compte.
Conseil n°5 – Faites le plein de minéraux avec des noix et des graines
Plusieurs minéraux (nutriments essentiels nécessaires en petites quantités) jouent également un rôle dans la cicatrisation des plaies. Le zinc contribue à la formation de collagène et à la croissance de nouveaux tissus. Le fer aide à acheminer l’oxygène vers les tissus en voie de guérison et le cuivre contribue à la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. Les noix et les graines sont une bonne source de ces minéraux essentiels et de graisses anti-inflammatoires. Les noix peuvent être consommées en collation avec un fruit, mélangées à des yaourts ou utilisées pour garnir des céréales, du porridge ou des soupes. Vous pouvez également les mixer dans des smoothies ou essayer le beurre de noix sur des toasts.
Références :
- Enquête en ligne menée par Atomik Research auprès de 2 000 adultes britanniques. Le travail de recherche sur le terrain a eu lieu en mai 2018. Atomik Research est une agence d’études de marché créative indépendante qui emploie des chercheurs certifiés.
- Bishop, A., Witts, S., Martin T. The role of nutrition in successful wound healing. J. Community Nurs. 2018;32(4):44-50.
- Acton C. The Importance of Nutrition in wound healing. Wounds UK 2013;9(3):61-64. doi:10.1093/acprof:oso/9780199658435.003.0007.
- Russell L. The importance of patients’ nutritional status in wound healing. Br. J. Nurs. 2014;10(6). doi:10.12968/bjon.2001.10.sup1.5336.
KC/24/011/SI – Septembre 2024